Les pélicans affamés et le pouvoir des activistes de base

Migrating Pelicans in Israel. Photo: Dov GreenblatDurant la saison des migrations d’automne, plus de 50 000 pélicans d’Europe parcourent les cieux d’Israël pour rejoindre des climats plus chauds. Dans le temps, les volées d’oiseaux se reposaient et reprenaient des forces dans les bassins naturels tout lau long des chemins de migration. Mais dans les années 1970, ces bassins étaient à sec et les pélicans se tournèrent vers les étangs d’élevage de poissons en Israël, où la nourriture était abondante.

La conséquence fut que les pisciculteurs subirent d’importants dommages économiques, perdant chaque année des tonnes de poissons. Ils déployèrent de gros efforts pour chasser les hordes migratoires, certains moyens utilisés causant aux oiseaux des dommages permanents. De plus, la présence de pélicans près des bases militaires présentait un risque grave à la fois pour les avions et pour les grands oiseaux.

En avril 2012, le gouvernement israélien adopta un plan multi-facettes destiné à développer le tourisme international des observateurs d’oiseaux, en se focalisant sur la protection des espèces menacées, comme le pélican. Ce plan eut pour conséquence la mise en place d’un programme conjoint entre le ministère de la Protection de l’environnement, celui de l’Agriculture, la Haute autorité des Réserves naturelles et Parcs nationaux, l’armée de l’air et l’Association des pisciculteurs, destiné à rassembler les pélicans dans des espaces sécurisés où ils pourraient se nourrir sans causer de torts.

Des étangs piscicoles furent installés dans les vallées du Houle et de Hefer pour attirer les pélicans loin des élevages commerciaux. Les pisciculteurs apportaient chaque année à ces stations de nourrissage 50 tonnes de poissons, complétées de 120 tonnes provenant de la nature.

Le coût annuel s’élevait à 600 000 shekels (125 000 €) répartis pour moitié entre les deux ministères. Le programme s’avéra incroyablement efficace,  mais, depuis deux ans, le ministère de l’Agriculture a réduit sa priorité. Il n’a plus transféré de fonds en 2016 et a rayé ce programme de son budget 2017.    

Selon Eli Sharir, le président de l’Association des pisciculteurs, ce refus de financement est arrivé au pire moment pour les éleveurs : « Pendant des années, la taille des vols de pélicans et le nombre de jours qu’ils passent en Israël ont fortement augmenté, ceci résultant en des dommages financiers croissants pour les pisciculteurs. Le projet de nourrissage avait pour objet d’éloigner les pélicans des étangs d’élevage sans avoir à les en chasser par des moyens violents. En 2016, le Ministère de l’Agriculture n’a pas apporté sa quote-part et il ne l’a pas inscrite dans son budget 2017. On nous avait assuré que l’argent serait disponible et les pisciculteurs ont préparé des réserves de poissons destinés aux pélicans, en plus de ceux élevés pour répondre à la demande des consommateurs israéliens. Cela représente des pertes de millions de shekels et met en danger leurs exploitations. »

Migrating Pelicans Photo Dov Greenblat

Eli Sharir ajoute : « Les pélicans sont pour nous un problème crucial et notre association alloue un budget spécial pour le développement de moyens  innovants et sans danger pour leur retrait de nos élevages. Je ne comprends pas la logique du ministère de l’Agriculture en refusant de transférer sa quote-part à ce projet unique au monde de l’Etat d’Israël, et qui représente un moyen d’étude continu sur l’impact du nourrissage des pélicans durant le temps qu’ils passent en Israël. »

En premier, le ministère de l’Agriculture réagit négativement : « ce n’est pas la responsabilité du ministère de l’Agriculture de participer au nourrissage de centaines de millions d’oiseaux, pas plus que nous ne nourrissons chacals et loups qui font leur proie de petits bétails dans le nord d’Israël. Vu le budget réduit du ministère, financer les fermiers a la priorité sur nourrir les oiseaux migrateurs. »

Quand l’Association des pisciculteurs comprit que le projet ne fonctionnerait qu’à moitié lors de la période de pointe des migrations, mettant en péril toute leur activité et la vie de milliers de pélicans, ils contactèrent la SPNI pour son aide. Le Directeur du département de Protection de la Nature de la SPNI, Nir Papai, se mit en action immédiatement, écrivant directement une lettre publique au ministre de l’Agriculture.

« Nous avons appris que le ministère de l’Agriculture n’a pas l’intention d’allouer des fonds au projet de nourrissage des pélicans cette année, le mettant ainsi en péril. Selon les accords que vous avez signés, nous exigeons que vous transfériez de suite 300 000 shekels afin de préserver le revenu des éleveurs et de protéger les oiseaux. De plus, nous demandons que le financement annuel de ce projet soit un item permanent du budget de votre ministère afin de lui permettre de se dérouler sans retard chaque année. »

La SPNI lança alors une campagne de communication, demandant au public via les réseaux sociaux de soutenir son appel en signant une pétition, et en envoyant des lettres au ministère de l’Agriculture. En 48 heures, des milliers d’Israéliens avaient signé la pétition et des centaines envoyé des e-mails au ministère, et l’appel à l’action de la SPNI sur Facebook atteignit 90 000 personnes dans le monde et reçut près de 11 000 Likes.

Vu la pression de l’opinion publique, le ministère de l’Agriculture annonça qu’il « financerait le projet une année de plus, par respect des engagements pris auparavant, malgré ses réserves quant à sa nécessité ».

Pelicans at Hefer Valley reservoir.  Photo Dov Greenblat

 Alors que le ministère de l’Agriculture « n’est toujours pas convaincu que le projet apporte une aide aux fermiers ou leur cause plus de dommages en prolongeant la durée du séjour des pélicans en Israël », la SPNI les exhorte à participer à une table ronde entre toutes les parties prenantes, afin de déterminer ce qu’il faudrait pour maintenir le projet dans les années à venir et quelles recherches doivent être lancées pour en prouver l’efficacité.

Pendant ce temps, la SPNI et ses supporters fêtent le succès des activistes de base pour préserver cet important gain écologique et économique pour Israël, alors que des dizaines de milliers de pélicans commencent leur migration qui les amène à traverser Israël du nord au sud, où ils peuvent reprendre des forces, sans affecter les élevages de poissons.