Les Interactions entre humains et loups deviennent agressives

par Shmulik Yedvab, Directeur du Centre d’étude des Mammifères de la SPNI

Depuis quelques mois, il y a eu 12 cas documentés d’incidents lors d’interactions entre humains et loups. Afin d’éliminer complètement de tels dangers inutiles, à la fois pour les humains et pour les loups, il faut que la peur naturelle que les loups ont des hommes soit réactivée.

Voilà un aperçu de la population des loups en Israël, suivi par les mesures que les humains doivent prendre lorsqu’ils se retrouvent face à un loup.

Wolf in Israel. Photo Shutterstock

La population des loups en Israël

Le loup (Canis lupus) est le plus grand des prédateurs dans la famille des canidés. Il est classé comme carnivore, mais son régime habituel comprend des nourritures végétales et aussi des restes de nourriture laissés par les humains.

L’apparence et la taille des loups varient considérablement d’une région du monde à l’autre. Cette variabilité existe aussi parmi les loups d’Israël. Par exemple, les loups du Golan sont plus grands et plus lourds (32 kg) que ceux de l’Arava (18-22 kg).

Il est admis maintenant parmi les chercheurs qu’on peut classer les loups en Israël dans deux sous-espèces. Les loups du centre et du nord du pays, font partie d’une sous-espèce dont l’origine est en Inde, ceux du Néguev et de l’Arava appartiennent à une sous-espèce originaire de la Péninsule Arabique.

La saison de la reproduction pour les loups en Israël se situe en hiver, mais commence plus tôt pour ceux de la région sud. La durée de gestation est de 2 mois, le nombre de louveteaux par portée variant de 2 à 6. La mise à bas se produit dans un terrier que le mâle et la femelle creusent ensemble.

Les louveteaux ouvrent leurs yeux entre 10 et 15 jours après la mise à bas. Ils sont nourris à la mamelle pendant un mois. Ils commencent alors à diversifier leur régime alimentaire en ajoutant de la nourriture à moitié digérée par leurs parents. Après 3 mois, les louveteaux accompagnent leurs parents et le reste de la meute, mais ils ne s’y fondent pas avant l’âge de 8 mois où ils atteignent leur taille adulte.

A un an, certains loups quittent la meute, d’autres restent pendant une année additionnelle pour aider à s’occuper de la génération suivante.

Les loups sont une espèce sociable, avec une structure hiérarchique claire, mais celle-ci a une grande variabilité. Il y a de petites meutes ne comprenant que quelques individus ou de plus importantes atteignant de 12 à 17 individus. Dans les grandes meutes, on peut en général identifier un couple reproducteur, des leaders (le mâle et la femelle alpha) et les aides qui sont les descendants du couple principal.

L’impact des humains sur l’habitat des loups et leur nombre

Dans le passé, ont trouvait des loups dans tous les types d’habitats en Israël, à l’exception des zones de falaises ou de marais. Toutefois, la chasse (pratiquée par les Anglais et les Arabes) et les pièges empoisonnés posés par les fermiers a réduit leur distribution. On ne les trouve plus que dans les régions lointaines et peu peuplées. Au début des années1990, la population des loups était estimée à environ une centaine d’individus dans le Néguev et l’Arava et à seulement 50 dans les régions méditerranéennes, surtout sur le Golan.

Depuis, l’abondance de nourriture accessible par mauvais ramassage des ordures laissées par les humains, a entraîné un pic de population, à la fois dans les zones arides et méditerranéennes d’Israël. En conséquence les heurts entre loups et fermiers se sont multipliés et les éleveurs de bétail du nord d’Israël ont subi des pertes importantes. Pour réduire ces pertes, l’INPA, Haute autorité des parcs et réserves naturelles, a mis en œuvre diverses mesures permettant de contrôler la population de loups dans les zones de conflits avec les éleveurs. L’INPA emploie aussi d’autres méthodes, par exemple la diminution de la quantité de nourriture disponible pour les loups en enlevant les carcasses des fermes et en protégeant les troupeaux par des barrières.

Les loups du désert deviennent agressifs envers les humains

Wolf. Photo taken by a trail camera.Credit: Mammal Center

Les 12 incidents récents d’interactions violentes entre humains et loups se sont tous produits dans la région des réserves naturelles d’Ein Guedi et de Massada, quand des loups solitaires ont rencontré des randonneurs utilisant les zones de camping désignées. Ces incidents avaient été précédés par des observations d’un couple de loups s’attaquant à des chats dans le Kibboutz d’Ein Guedi, ou à des bouquetins ou à des damans des rochers en plein jour.

 Ces incidents sont très troublants car ce type d’attaque est atypique pour cette espèce qui craint tout contact avec les hommes et se tient habituellement à bonne distance d’eux. Certains pensent que ce comportement inhabituel résulte de ce que les loups deviennent habitués à la présence humaine par les restes de nourriture laissés par eux dans les sites de camping : poubelles laissées ouvertes, ou nourriture délibérément abandonnée par les campeurs pour nourrir les loups. Le résultat de ce processus d’habituation est que les loups n’ont plus peur de la présence humaine et les humains deviennent donc une proie possible.

Pour prévenir tout danger pour les résidents et les campeurs et pour protéger les loups des réactions des gardes, l’INPA a capturé les deux loups suspectés de ce comportement inhabituel. Cela résout le problème des attaques par des loups à court terme, mais pour le long terme il faut restaurer la peur naturelle que les loups ont des humains. Il faut pour cela une action concertée afin que le public se débarrasse correctement de ses ordures et restes de nourriture et évite tout contact “amical” avec les loups.

"Ce qu’il faut faire et ne pas faire" en visitant une réserve naturelle, en y campant dans un site autorisé ou en randonnée le long des sentiers marqués

A faire:

  • Jeter tout reste de nourriture et ordure dans une poubelle bien fermée, cette règle s’appliquant également aux fruits et légumes.
  • En campant, assurez-vous que toute nourriture, y compris sous emballage, soit stockée dans les tentes ou dans les véhicules fermés.
  • Si un animal s’approche de vous, faites lui peur en faisant de grands mouvements et beaucoup de bruits forts.

A ne pas faire:

  • Ne pas nourrir les animaux – ni directement, ni en abandonnant de la nourriture derrière vous.
  • Ne pas laisser des ordures à l’air libre, même sous emballages.
  • Ne pas laisser de nourriture non emballée pour le matin suivant car la plupart des animaux sont nocturnes et toute nourriture non emballée soigneusement sera pour eux une tentation et les amènera à s’approcher des campeurs en train de dormir.
  • N’encouragez pas les animaux à s’approcher de vous – ni pour les observer, ni pour prendre des photos. La peur naturelle envers les humains des animaux sauvages est leur meilleure chance de survie.